Photographe Cyril Auvity

Interview : Cyril Auvity

En photographiant, avec ses appareils Polaroid, aussi bien sa famille, que des paysages ou de petits objets, Cyril distille dans tous ces sujets du quotidien un brin de magie et construit à travers sa collection d'images un univers onirique. Il nous parle de sa passion.

Depuis combien de temps pratiques-tu l’instantané, et comment y es-tu venu ?
J’ai acheté mon premier polaroid il y une quinzaine d’années, lors d’une brocante. C’est un Spirit 600 que j’ai encore, mais qui est devenu depuis longtemps celui de ma femme. A cette époque j’étais tout neuf dans le monde de la photographie, que j’avais abordé par hasard en achetant un petit compact numérique un an plus tôt. J’ai rapidement découvert que c’était un langage qui me permettait de m’exprimer différemment. J’étais curieux de tout découvrir et tester, et je suis rapidement venu à l’argentique après avoir fait mes armes en numérique. J’ai possédé pas mal d’appareils, le Holga et le Rolleicord ont été parmi mes premiers compagnons, mais le Polaroid hantait ma mémoire comme le souvenir de quelque chose d’unique qui avait marqué mon enfance. Après ma première cartouche dans ce Spirit 600, j’ai rapidement écumé internet à la recherche du Saint Graal, ce qui représente pour moi encore et toujours l’outil parfait pour mettre en image ce que j’ai en tête : le SX70.

Qu’est-ce qui selon toi caractérise la “magie”, le charme particulier des polaroids ?
La magie première du polaroid, c’est déjà de pouvoir tenir dans sa main la photo qu’on vient de prendre, et la regarder apparaître petit à petit en passant par diverses étapes jusqu’à l’image finale, c’est dingue. Le Polaroid est un objet qui émerveille encore quiconque le rencontre. Dans notre monde actuel où le numérique est omniprésent, il fait figure encore d’ovni et a un pouvoir attractif indéniable.

Photo Cyril Auvity
Photo Cyril Auvity

Quel matériel, appareils et accessoires, utilises-tu pour créer tes polas ?
J’ai deux SX70, ça me permet d’avoir de la couleur dans l’un et dans l’autre du Noir et Blanc, plutôt pratique en fonction des envies ! J’ai un complément macro que j’utilise de temps en temps, et j’ai aussi un flash que je n’utilise jamais. J’ai beaucoup utilisé un Polaroid 180 avec la gamme de films Polaroid les 108 et le 669 me manquent) et Fuji, mais malheureusement ce dernier arrête la production de ces films. J’ai aussi fait quelques images avec une chambre Graflex Crowngrafic 4×5. Bon, il faut l’avouer, je suis quand même plus à l’aise dans le format carré, donc le SX70 reste l’appareil que j’utilise le plus.

Peux-tu me parler d’une photo dont tu es particulièrement fier, ou que tu es heureux d’avoir prise ?
Difficile d’en choisir une, mais celle que j’ai prise dans notre jardin avec ma fille en flou d’arrière plan à côté du cerisier et avec cette forêt de Désespoirs du peintre en premier plan représente tout ce que j’aime faire avec le polaroid. Une photo onirique, magique pour certains, et qui fait presque penser à un tableau impressionniste pour d’autres. Il y a pour moi dans cette photo toute la magie du polaroid.

Photo Cyril Auvity

Tu photographies avec talent aussi bien tes proches, des paysages, que des objets du quotidien… Finalement, y a-t-il un type de photo ou de sujet auquel tu ne t’attaquerais pas avec un Polaroid ?
J’ai abordé au fil des ans des sujets que je ne croyais pas possible d’aborder avec le pola, ou peut-être que je n’étais pas encore mûr pour le faire, mais je ne me vois pas faire de la photo animalière avec… quoique avec d’autres types d’appareils non plus, donc finalement je ne sais pas si c’est vraiment une question de matériel, mais plutôt d’envie.

Tu ne sembles pas très fan des éditions spéciales (Round Frame, Duo Chrome, cadres à motifs…) sorties par Impossible Project/Polaroid Originals… pour toi, rien ne vaut le pola standard, à bords blancs ?
Je ne suis pas sensible à ces éditions spéciales en fait. J’y vois plus un effet de mode pour faire rentrer un peu d’argent en plus dans les caisses d’Impossible PRoject / Polaroid Originals. Peut-être que le round frame pourrait m’intéresser, mais il faudrait que j’aie un projet précis qui s’y prête pour l’utiliser dans une série.

Une série de questions très concrètes sur ta collection de polaroids, qui est impressionnante… Sais-tu combien tu en as ?
Je n’ai jamais vraiment compté, mais j’estime aux alentours des 1500… c’est vrai que ça commence à en faire pas mal en fait!

Est-ce que tu gardes une trace de la date de prise de vue de chaque cliché ?
Non pas vraiment, ça n’a pas vraiment d’importance, et puis j’ai une très bonne mémoire, je me rappelle généralement bien où et quand j’ai pris une photo qui compte.

Photo Cyril Auvity
Photo Cyril Auvity
Photo Cyril Auvity

Comment procèdes-tu pour organiser et archiver tes polaroids ?
Il n’y a pas d’organisation de mes polas, je les stocke dans de bêtes boîtes à chaussures. J’en ai beaucoup aussi dans des boîtes de pola, ils sont rangés un peu partout dans la maison, au moins à trois endroits différents. Par contre je scanne en haute résolution tous ceux qui ont pour moi un intérêt photographique, et j’ai plusieurs backups de cette collection numérisée.

Enfin, quels photographes, et quels artistes issus d’autres univers que la photographie, t’inspirent le plus ?
Le travail photographique de la japonaise Rinko Kawauchi a été un choc quand je l’ai découvert aux rencontres photographiques d’Arles en 2004. Son regard sur le monde, les détails infimes et intimes de la vie, de la mort, ça me touche énormément. Quand j’étais membre du forum H0lg4 j’ai aussi découvert le travail de photographes qui m’inspirent encore, dont celui de Franck Juery. Je me sens très proche de lui dans sa façon de mettre en image le monde, même si notre travail est différent, je trouve qu’il y a quelque chose d’assez semblable dans la sensibilité de notre regard.
Du côté des peintres, je suis attiré magnétiquement par le travail de Pierre Soulages, je me suis beaucoup intéressé à lui, à son histoire, à son oeuvre, son travail sur le noir et la lumière est quelque chose qui me fascine et que j’admire.

Photo Cyril Auvity
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