Kviarjokull, photo de Florent Dudognon

Interview : Florent Dudognon

La passion de Florent pour la photo instantanée remonte à ses 20 ans et ne l'a jamais quitté. De voyage en voyage, il emmène invariablement dans ses valises de quoi faire de nombreux polas. Il a bien voulu répondre à quelques questions.

Tu as débuté la photo instantanée lorsque tu avais 20 ans environ. Comment en es-tu venu à l’instantané, d’où vient cette passion ?
C’est un ami qui s’y était mis depuis peu qui m’a fait découvrir le polaroid. J’ai tout de suite accroché à ce côté bricolage et artisanal, et au principe d’avoir la photo qui sort tout de suite. Rapidement son appareil ne m’a plus suffi, et j’ai acheté le mien. C’était peu de temps avant l’arrêt de la production des films par Polaroid, et la reprise du flambeau par Impossible project. Cette mort programmée, puis la résurrection progressive des films avec les nouvelles recettes a aussi participé à nourrir ma passion. Les premiers films étaient tellement aléatoires, il fallait déployer tant d’ingéniosité pour avoir un résultat que cela stimulait la créativité. Et prendre systématiquement en compte les différents paramètres, cadre, exposition, température, type de films, c’est très formateur, et permet ensuite d’arriver au résultat escompté. En tout cas de s’en rapprocher.

Parmi tous tes voyages, quel est celui d’où tu as ramené ta meilleure série de polas, ou ceux dont tu es le plus fier ?
En destination je dirais les Etats-Unis, car j’y ai réalisé plusieurs séries que je trouve assez réussies, dont une construite avec ma femme. Sinon la série qui me tient le plus à cœur est surement les portraits, car c’est un travail au long cours, centré sur l’humain, et qui a été l’occasion de rencontres inoubliables. Et la première photo de cette série est un portrait de mon arrière grand-mère, qui date de mes débuts avec le polaroid, forcément c’est spécial.

The Road Quiraing Isle of Skye, photo Florent Dudognon
Portrait, photo Florent Dudognon

Est-ce que tu penses que des inconnus croisés en voyage acceptent plus facilement de se prêter au jeu du portrait quand ils voient ton appareil Polaroid ?
C’est sûr que les appareils que j’utilise, qui datent des années 60 / 70, dénotent un peu des réflexs numériques ou des smartphones. Du coup cela suscite la curiosité, et permet souvent d’établir un contact. La plupart du temps d’ailleurs c’est ce premier contact qui me donne envie de faire un portrait de la personne en question. J’aborde rarement les gens directement pour cela.

Tu sembles privilégier largement la couleur plutôt que le noir et blanc. Pourquoi ?
Il y a deux raisons principales : la première est technique. Pendant longtemps les nouveaux films Impossible Project noir et blanc n’offraient pas un rendu très beau, et vieillissaient assez mal. En revanche j’adore le rendu des films Fuji 3000B, mais ils nécessitent un appareil différent. Les films noir et blanc Impossible (devenu Polaroid Originals) – sont maintenant beaucoup mieux, mais je reste attaché au Fuji et son format rectangulaire. En revanche, la production s’étant arrêtée, j’utilise avec parcimonie ceux qu’il me reste…
Et ensuite c’est vrai que j’ai tendance à ne vouloir un rendu en noir et blanc que sur certains lieux ou scènes qui m’inspirent ce rendu. Et finalement c’est plus rare que l’envie de couleur… Mais quand je trouve, j’adore aussi le noir et blanc !

Plane, photo Florent Dudognon
Sea of sand, Plane, photo Florent Dudognon
Wreck, photo Florent Dudognon

Tu restes très fidèle au support pola traditionnel, celui à bords blancs. Tu n’es pas intéressé par les films en édition limitée, et par les nombreuses variations sorties par Impossible Project/Polaroid Originals ?
C’est vrai, je préfère me concentrer sur le contenu qu’utiliser les motifs ou couleurs du cadre, qui souvent ne me parlent pas vraiment, ne m’inspirent pas. Et le cadre blanc a un aspect que j’adore toujours. Il y a quand même des exceptions, j’ai utilisé le format rond – très bonne idée qui oblige à repenser son cadre, et aussi le contour noir.

Si tu pars une semaine en vacances à l’étranger, tu emmènes combien de cartouches de films avec toi ?
Beaucoup trop. Le summum c’est quand je suis parti aux Etats-Unis et en Islande lors du même voyage, avec des idées préparées sur les lieux et séries que je voulais travailler. Pour 4 semaines j’avais une cinquantaine de cartouches de Polaroid et de Fuji, 3 appareils instantanés, un pied, et mon réflex en prime. Et ma femme avait un instantané et aussi une dizaine de cartouches… Sachant que l’on faisait surtout du camping et que l’on transportait donc tente, sac de couchages et autres accessoires, les sacs de rando étaient particulièrement lourds…

Dia de muertos 1, Polaroid portrait, photo Florent Dudognon
Dia de muertos 2, photo Florent Dudognon

Si tu ne devais partir qu’avec un seul appareil, lequel prendrais-tu et pourquoi ?
Le Polaroid SX-70, reflex, précis, avec mise au point et exposition réglable, et le tout pliable. Et il accepte la plupart des films polaroid. C’est la rolls du polaroid !

Tu aimes prendre en photo les épaves. Tu les photographies surtout quand l’opportunité se présente, ou bien tu te comportes comme un chasseur, capable de parcourir des kilomètres pour les découvrir ?
La première épave de ma série a été un électrochoc. Perdue dans une baie sur l’île d’Amorgos, je savais qu’elle était là car elle a servi de décor au film Le Grand Bleu. On passait à côté, elle est visible de la route, donc on a fait les quelques kilomètres à pied pour arriver au bord de l’eau. Et là c’était tellement impressionnant, beau, sinistre et incongru à la fois que j’ai eu envie d’en voir d’autres – pas que de de les photographier d’ailleurs. Et depuis c’est vrai que quand je prépare mes voyages je fais des recherches sur les épaves qui se trouvent dans le pays dans lequel je vais. Essentiellement les épaves de bateau, mais aussi d’avion. Je ne change pas mon voyage spécialement pour cela, mais s’il faut faire un petit détour je le fais. Et cela permet aussi de sortir des sentiers battus, que ce soit dans une baie de l’ancien parc Olympique de Sydney, sur une plage déserte d’Irlande ou au milieu du désert du Nevada.

Quels sont tes prochains voyages et tes futurs projets photo ?
Je suis père depuis peu donc pour l’instant mes photos sont très axées famille. En revanche cet été je devrais reprendre les paysages, surement dans les Alpes, et quelques histoires courtes. En parallèle quand les beaux jours arrivent je vais continuer ma série de portraits.
Et à l’occasion d’Expolaroid en avril je participe à l’exposition collective de Rennes : des agrandissements de Polaroids sur le thème de la couleur accrochés dans la piscine Saint-Georges, classée monument historique pour son architecture art déco. Ça promet un beau mélange ! (Lien de l’event sur Facebook)

Polaroid portrait, photo Florent Dudognon
Norway, Valdresflya, photo Florent Dudognon

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